L'avion décolle. Les petites lumières s'éloignent au loin en bas. On s'enfonce dans le noir. La lune apparaît, longue et claire. Elle fait briller de jaune le fleuve noir. Des lignes de lumière dessinent la ville qui se cache dans l'obscurité de la nuit. Sur la terre, on a dessiné des carrés, des triangles, des hexagones. Autant de routes pour rassembler les maisons. Si le monde est comme il est, c'est parce qu'on le voit comme ça.

Le ciel, le jour ou la nuit c'est la demeure des anges. Il y a toute sorte de gens
qui vivent toute sortes de vies sur terre. Même quand ils s'envoient en l'air,
parfois les gens restent sur terre. Il y en a d'autre, sur terre, qui ne posent pas les
pieds au sol. Ils volent. Quand je les vois, comme les oiseaux, je vole aussi.

Il y a le père Noel dans l'avion, qui ne reste pas en place sur son siège. Une
grande barbe blanche, des petites lunettes sur le bout de son nez et un ventre
qui occupe deux sièges. Il bougonne et, malhabile, cherche ses lunettes. Il n'est
pas habitué de voler sans son traineau. Devant, une petite fille dort la tête posée
sur un énorme ours rouge.

La télé est brisée. J'écris.

Les oreilles de Nicolas sont douces parce qu'il écoute le plus beau des gens.

Plus on va haut, plus on va vite, plus on s'éloigne du temps et on avance dans un
décalage horaire.

+++

La terre est divisée en petites formes géométriques verdâtres. Des lignes droites, des formes carrées, trop peu d'arbres. Une forêt. Des routes. Des voitures. D'ici, je ne vois pas d'humains. Ils sont trop petits. Pourtant, ils ont sculptés leur présence sur le
paysage, comme le vent fasconne les nuages.

Les nuages forment un océan de cotton au dessus du globe. Il y a un nuage tout en bas qui ressemble a une grenouille. Des formes rondes, légeres, éparses, souples. Autour des arbres, de longues ombres annoncent le soleil du matin, affairé à caresser l'horizon. Voler dans les nuages, c'est comme voler au paradis, dans un paysage sans lignes droites et rempli de lumière.

+++

Les gens s'entassent dans une file désordonnée. À l'aide une louche, je dépose une large portion de fèves en sauce dans un petit bol de plastique, tandis que la dame à mes côtés y dépose une paupiette. Un vieil homme grogne.

Un jeune homme, le regard trop sérieux pour son âge, me regarde timidement. Ses yeux brillent pour me raconter sa joie cachée loin derrière la tristesse. Il ne parle pas français. Il est peut-être russe. Je n'en suis pas certaine. Quelle est son histoire? Pourquoi ne travaille-t-il pas? D'où vient-il? Un clochard m'explique. Les procédures publiques sont longues. L'immigration.

Une large femme enfonce son énorme main noire au fond d'un grand sac. Une
autre, le dos recourbé, ramasse un pain sur la table mal éclairée de la place des
Invalides. Chaque mardi soir les restos du coeur s'affairent à servir aux sans abris les restes de restaurants volontaires.

+++

Dans le métro Trocadéro. Des pas. Je ne vois que des pas, la tête plongée dans
mon journal. Des pas noirs sur des formes grises. Parfois, je n'ai rien à écrire.
non pas qu'il n'y ait rien à observer, mais je ne suis pas là. Un grand dos noir se
place devant moi et m'écrase dans le coin. Un enfant dans les bras de son papa. Des dizaines de visages remplissent l'espace. Un homme noir entre. Dans la vitre de la porte qui se referme se réfléchissent deux hommes en habits. Deux yeux dans un livre. Deux yeux en l'air. Deux yeux fermés, un visage se repose.

+++

Pour moi, la vie est magique. Chaque instant est merveilleux. Je reçois tout ce dont j'ai besoin sur un plateau d'argent. Le bon Dieu c'est le serveur du bistro. Suffit de lui demander ce que je veux avec un sourire. Je patiente. S'il se trompe, j'accepte ce qui vient. L'erreur est humaine. La prochaine fois sera surement la bonne.

+++

Sur la tombe, une rose blanche fanée. Le chemin de brique accueille les pas des gens, des touristes pour la pluspart. Le calme domine le cimetière du Père Lachaise. Le soleil dessine des petites taches de lumières sur les surfaces de pierre. Un corbeau s'envolle puis se pose sur une croix ternie par le temps.

Les feuilles des arbres dansent la mort. L'automne. Un marron chute et rebondit en l'air. Sur les tombes reprosent des fleurs de plastique immortelles. Une fourmi avance sur un nom gravé dans la pierre. J'avance vers nulle part, là où le vent souffle. Une porte entrouverte laisse voir un homme sans visage. Le son de ma voix fait écho à mes mots. Les pas feutré sont lents, comme si les gens acceptaient de ralentir en présence de la mort.

Souvent les détails sont oubliés. Parfois, certaines choses essentielles deviennent des détails inutiles, comme de respirer. Le son des feuilles au vent, un détail, me sert d'aide mémoire. L'air, un peu froid, appaise mes pensées. Mon dos plaqué contre la pierre froide refroidit mon coeur que le soleil s'empresse de réchauffer.

Une samare dans le ciel tourbillonne jusqu'à mes pieds.

Des arbres majestueux colorent le paysage gris. Mes yeux se glissent dans les petites fenêtres des tombeaux pour y voir les couleurs chachées des vitraux.

Je suis un ange déguisée en humain. Il est nécessaire de raconter l'amour. Pas celle parfaite comme dans un poème fabriqué. La poésie, ce sont des mots nécessaires qui sont obligés d'être écrits. Mes yeux se ferment.

Ce sont les moments où j'accepte l'inexistance de la vie qui sont les plus réél. En fin j'abandonne. Une vieiille dame disparaît derrière les tombes.

+++

Devant, il y a le marché. Entre le marché et moi, une rue remplie de voitures, de
vélos et de klaxons. Une femme chante dans sa voiture. Un livreur roule sur son vélo. Au devant de son véhicule de fer pendouille dans un panier un grand bouquet de fleurs blanches enveloppées de papier rouge. Sur des voitures blanches, des grafitis. Sur son vélo, une jolie femme à talons haut fait tourner les têtes. Deux hommes sortent de leurs voitures pour marcher. La rue est bloquée. Débute la symphonie des klaxons.

Ce qui m'est difficile parfois, c'est de trouver mon espace au milieu des
gens. Et pourtant c'est là, entourée de couleurs et de vie que j'existe vraiment.

Plus près de moi, un café tiède, presque vide. Il y a beaucoup de mots aux tables du café. Le calme est loin. Les toilettes embaument la cigarette. Une plume tombe de l'auvent au dessus de ma tête. Deux pigeons s'envollent au même moment. Un homme, des lunettes noires au visage, croise une jeune femme une baguette de pain à la main.

La meilleure façon de trouver la paix et le bonheur, c'est de jouer son rôle. C'est ça mon plus grand problème. Parfois j'oublie mon rôle. L'aide-mémoire à mon texte, c'est mon coeur.

Un café chaud fume maintenant sur la table. La dame assise à côté s'allume une cigarette. Les événements de la vie sont comme un défilement d'images qui semblent tout droit sorties d'un film, comme si un scénario avait été écrit d'avance.

Une femme traverse la rue. Au bout de ses bras, deux petits garçons. L'un deux
me regarde, les yeux grands et noirs. La dame d'a coté enchaine une troisième
cigarette. Sur le trottoir, l'échappoir d'une moto crache une fumée grise.

Le soleil brille sur le ciment.

+++

Dans les raisins il y a des pépins. Légèrement sucrés, noirs, brillant au soleil. Un pigeon nettoie ses plumes dans la gouttière du toit, couvert de tuiles oranges.
Sur les murs, un tissus couvert de fils dorés. Le plancher de bois est recouvert de
taches de couleurs. Nicolas dessine ce que je décris de mots.

Il ne reste que peu de temps à la vie. C'est comme ça. Chaque jour, pressé à
tout faire, avant que ça ne se termine. Le moins on en fait, le plus longtemps ça
dure. Plus on a peur de la mort, moins on vit.

On m'a dite un jour que nos respiration sont comptées. Plus elles sont lentes, plus notre vie est longue.

+++

Le soleil n'est presque plus. Deux petites filles courent sur les pierres placée en demi cercle au sol. Leurs robes roses dansent dans le vent. Un vélo turquoise roule devant elles. L'histoire remplit l'espace.

+++

Tôt le matin, les mots accumulé pendant le sommeil sortent en raffales, comme les pigeons s'envolent lorsque l'on court vers eux.

+++

L'équilibre s'atteint difficilement entre deux opposé. Parfois, il me semble que les événement sont des obstacles.

Un pied reposé sur une chaise marque le jour de la semaine : DIMANCHE. Une dame cache ses yeux derrière des lunettes noires. La différence des autres ne m'empêche pas d'être moi-même. En moi il y a beaucoup de haine. Beaucoup d'Amour aussi.

Je suis accroupie tout près d'une scène. Des jambes frêles sous une jupe rouge dansent à ma droite. Il y a cette vieille femme qui traverse mon souvenir. Les jambes tachées de bleue, recouvertes du temps, des blessures oubliées. Assise par terre au pied des gens je les voie au complet. Cachée au sol, comme un insecte, invisible, qu'on pourrait presque écraser.

La lumière blanche devient jaune. Le plus beau, on le voit rarement. Tout à coup, tout le monde s'assoit autour de moi. Tout à l'heure il n'y avait personne. La lumière brille dans mes yeux et aveugle ce que j'ai l'habitude de voir. Il suffit d'une flame pour allumer toutes les bougies.

Les gens dessinent des formes mauves sur le mur. Devant moi un sourire blanc dans un visage noir. Un homme blanc prend place devant celui qui m'inspirait.

Mon doigt glisse sur les lettres blanches collées au mur rouge. Je ne peux rien faire d'autre que ce que je peux. Et ça parfois ne semble pas assez. Au moins j'arrêterai de hair les autres de ne pas être eux-même.

Dans mon sac, je possède les clés rouillées de nulle part. Les yeux des gens cherchent la vie. Dans mes yeux il y a de ça, quand je ne regarde pas ailleurs.

Je fait semblant de dormir aussi pour ne pas réveiller personne. Je me suis assise là où on installe un large rectangle blanc pour le remplir de couleur.

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Parfois ce qu'on veut ce n'est pas vraiment l'essentiel. Une jolie robe rouge dans la rue. Rouge sérieux. Rouge douceur. Tourner une page c'est une caresse. Le
plafond du métro s' illumine de petites lignes blanches. La carte au dessus des têtes dessine le chaos de la ville. Les yeux de Nicolas posés sur moi. Si je me ferme les yeux, je
suis n'importe où.

+++

Il y a la pluie, les rues noires, une dame noire, un chapeau noir sous un
parapluie noir. 11e. Les gens qui passent saluent cet homme qui sirotte son café.
Des petits points blancs noircissent le sol. Un vélo mauve foncé patiente seul à la
pluie. Le chrome du guidon contraste la teinte foncée du corps d'allure ancienne
avec une barre oblique.

Il y avait une dame. Elle faisait du vélo. Elle est parti avec son vélo, pour y faire le tour du bloc. Elle n'est jamais revenue.

Écrire, c'est une façon de dire que je suis là. Et l'histoire? Turquoise, vert lime, blanc, blanc crème et noir. J'aurais envie de me fondre au milieu des gens. Ne savoir rien, ou très peu. Un quotidien comme celui de cet éboueur ou de cette femme qui fait les courses avant de rentrer.

Avant, les gens venaient au monde avec une route tracée. Un prince d'une famille royale. Un cordonnier d'un père cordonnier. Une femme pour s'occuper des enfants et des repas. Je me sens perdue où il n'y a plus de cadre. Rien qui ne dicte ma vie.

Les nuages cammouflent à demi le soleil. D'un côté des nuages blancs sur un fond de ciel bleu. De l'autre, du gris. Deux petites mobilettes s'arrêtent au feu rouge, derrière une série de lignes blanches peintes par terre. Une turquoise, une noire. Dans mes yeux, deux
grands cercles noirs. Je n'ai jamais vu cette noirceur dans mon visage
auparavent. Ni cette haine que je crache, que je tousse, comme si elle s'était
agripée à mes poumons depuis que je respire.

J'ai beau se sauver pour trouver une nouvelle histoire, c'est toujours la même qui s'accroche. On en a qu'une seule, peu importe où on va. L'histoire que je trouve ici n'est pas nouvelle. C'est seulement la mienne.

+++

Nicolas écrit : «Je me sent bien». Il y a une faute dans ta phrase, mais je ne te le
dis pas. Les fautes existent parce qu'il y a les règles. Les règles servent à l'ordre, mais on les utilise plutôt pour contrôler parce qu'on a peur de la vie. Les règles ne sont alors plus utiles.

Un homme un peu bedonnant, timide et introverti regarde un ensemble à la mode dans une vitrine.

+++

Depuis que je lis Jonhathan le Goélan, je regarde les gens comme des mouettes
qui se disputent n'importe quoi. Comme si la peur de ne pas avoir assez forçaient
les gens à se lancer sur tout, sans se rendre compte de ce qu'ils ramassent.

Au musée, ils regardent chaque tableau sans les voir. Parfois, apprécier une seule oeuvre c'est tout voir. Les gens sont comme des bêtes. De la chair sans amour. De la viande graisseuse mobile. Inutile qui s'entasse. Sur la jupe d'une jeune fille, des goélands sérigraphiés s'entassent aussi. Je ne suis surement pas venue ici pour me battre aussi.

C'est ça qui me fait pleurer. J'imite les autres, même si j,en ai pas envie. Dans les yeux des gens, je peux lire leur passé.

J'ai choisi de peindre et dessiner, pas tant pour créer de beaux dessins que pour m'abstraire de la réalité. Observer parce que c'est ce qui me semble la seule réalité.

Peu importe que ce soit joli ou non. Rien de tout ça n'existe vraiment. Moi non plus. Cette nuit, je me suis levé puis des ronds de lumiière sont apparus tout
autour de moi. Van Gogh. L'arlésienne. Le portrait d'une danse. Un fond jaune
remplit de présence.

Juger les gens c'est se restreintre à leur nature. Les tableaux les plus connus sont souvent les plus simple. Comme la chambre de Van Gogh à Arles. Quand mon attention se porte sur quelqu'un, cette personne bloque mon chemin. Quand mon attention est portée sur un tableau, la foule disparaît. Il n'y a alors que le tableau, même moi je disparaît.

C'est ainsi que je vois vraiment les couleurs de Van Gogh. Avec les appareils photos les oeuvre sosnt reproduites par centaines. Les contrastes de couleurs, une dominante fait ressortir sont contraste.

Être ailleurs, ça se produit en y mettant toute l'attention. Tout se créer selon mon
attetion. Là où mon attention se pose est ma réalité. Renoir. Turquoise de phtalo.
Blanc. Vert. jaune. rose. rouge. bleu outremer. Des pigments pour créer une
réalité. Les coups de pinceau ne sont pas parfaits et c'est ce qui les rends réel.

J'avais l'impression que les gens recherchaient la perfection autre que dans la
réalité. C'est ce qui me faisait attendre pour faire quoi que ce soit. La certitude
que la perfection n'existe pas en ce monde. Elle est à l'inverse de ce qu'on
voudrait contrôller. Elle est dans l'erreur. Elle commence avec l'erreur.

+++

Sur le ciment avancent des pas silencieux. D'autres d'un bruit sourd et fort. Où est passé le ciel bleu recouvert de nuages gris? Une dame se fache, un homme sourit. Le
serveur voit mon visage et m'apporte enfin mon verre d'eau. Trouver une façon
de capter l'instant. Faire transparaître plus rapidement.

+++

J'ai passé et perdue énormément de temps à me questionner au sujet de la
perfection au lieu d'expérimenter. J'ai essayé de dessiner une petite fille. Je
n'ai pas eu le temps. Je remarque que je n'ai pas vraiment observé. J'ai plutôt
essayé de reproduire au lieu de ressentir.

+++

Le matin au café. Deux personnes le nez plongé dans une carte, les cheveux qui
s'envollent dans le vent. Sur la table à côté, deux mains s'enlassent. Deux
enfants regardent au travers d'une fenêtre d'autobus. Un pigeon nettoie les
restes au sol.

La pluie et le soleil se disputent le ciel. Une énergie qui le remplit de bleu, de vert, de jaune, d'orangé et de rouge. Deux voyageurs reçoivent les clés d'appartements d'un ami. Il est pressé, parle vite, explique où est l'appartement, répond au téléphone, regarde sa montre puis file à un meeting. Il les laisse derrière sous la pluie qui triomphante, aliée des grands nuages gris qui recouvrent maintenant le rond jaune déchu.

Leur lourde valise derrière eux ils cherchent un taxi, impossible à trouver.
Il y a la grève aujourdhui. Des vélos s'entassent le long de la rue pleine de piétons et de voitures. Du bruit, du mouvement, des gens, des lumières. À l'intérieur du café, une femme discute avec ses mains. Les manteaux longs colorés et les longues bottes habillent les filles minces sur le trottoir.

+++

Parfois, il vaut mieux faire semblant de ne pas voir ou ne pas entendre. Ainsi,
certaines violences disparaissent. Comme celle des hommes. Quand je ferme
les yeux, je suis n'importe où. Je suis étendue sur un nuage. Je ne fais jamais
d'erreurs. Elles n'existenent pas. Mes yeux se remplissent de larmes et c'est le
plus beau soleil du ciel. Il fait nuit. Un chat avance sur la goutière d'un toit de
tuiles orangées. Les étoiles sont absentes dans la nuit noire, mais mes yeux les
voient. Ils sont fermés, c'est ainsi que j'aveugle mes souffrances. Elles existent
bien, mais elles sont déjà bien loin. Les hommes taisent l'amour pour ne pas
souffrir. Leur souffrance est ce silence. il y aura toujours en moi cette personne
qui doute. C'est ce qui me garde ici. Sans ailes, je ne serais pas là. J'écris des
centaines de pages sans les relire. Tous des mots qui ne peuvent rester dans ma
tête. Je regarde ma main dessiner les lettres. Un geste irréfléchi. Et si je pouvais
dessiner les formes de ton visage comme j'écris. Avec mes propres a et mes
propres e. tout ce qui me limite, je dois l'éliminer. Je suis libre d'aller ou bon me
semble et d'être ce que je suis. Il est temps de commencer à enseigner. Je vois
les yeux qui écoutent. Je suis libre d'être à l'instant moi-même et rien ne peut
m'en empêcher. Commencer à comprendre ce que je suis vraiment et mettre en
oeuvre les moyens que la nature m'a accordé en ne regardant plus les limites de
mon esprit ou des esprits qui m'entourent. Apprendre le dessin, c'est pour moi
une façon d'apprendre à me libérer du connu. C'est une façon d'apprendre à
voler, d'apprendre à disparaître. Transcender les limites l'unes après l"autres
avec patience. Parfois, je voudrai que ça aille plus vite. Il vaut mieux discuter,
parfois s'exprimer, même si c'est de déplaire, que de garder en sois ce qui se
transformera en haine. Un chanteur une voix rauque remplit la petite pièce froide.
Dans la fenêtre il y a la pluie. Un saxophone doux caresse mes oreilles. Mon
sourire, il y a certaines paroles et gestes qui me blessent. Je suis encore
quelqu'un de différent de toi. Tu ne peux pas choisir pour moi. L'écriture aussi, ce
n'est qu'un prétexte pour désapprendre les limites de ce monde. Comment
pourrais-je partager ces apprentissages. Mon corps s'est mis à danser alors que
la musique s'accélère. L'écriture aussi, ce n'est qu'un prétexte pour
désapprendre les limites de ce monde.
+++

L'intérieur du café est tapissé d'un tissus de léopard. Le café fume. Les voitures remplissent le décor. Jamais de silence, d'arrêt, d'immobilité. Dans la cour
intérieure de l'appartement il y a seulement où au travers de la fenêtre je salue la
voisine qui plonge ses mains dans l'eau bouillante de vaisselle sale. Elle me
sourit dans la lumière chaude de la nuit bleue. L'intimité est rare. Pourtant la
solitude remplit les yeux des gens. Chercher sa place là où il y en a peu. Les
mains posées sur les oreilles on écoute la voix des cellulaires. Une dame avance
difficilement balancant une hanche de gauche à droite. J'écris pour apprendre à
me soustraire. Apprendre à additionner la présence et la bonté Le pire de tout,
c'est quand j'oublie l'essentiel pour m'appliquer à produire. Faire pour ramasser.
La peinture n'est qu'un prétexte pour apprendre qui je suis et connaître ce monde
entièrement. Profondément, au point de le faire disparaître. Apparaître. Ce matin
au réveil je pensais à Léonard Da Vinci. De sa vie il a mis tous ses efforts à
comprendre et à étudier ce monde. Ses dessins et ses écrits ont servi à étudier
chauqe plante, le corps humain, les animaux. Toute son énergie a été investie
dans une recherche pour comprendre la vie. Lorsque que j'écris et je dessiner la
vrai motivation c'est un profond désir de connaître moi-même et le monde. Le
décrire, l'observer. Me décrire et me connaître au point de faire abstration de moi
et de lui. Parfois j'oublie l'intention véritable. Et je met mon énergie à produire.
Alors je mépuise et il n'y a rien qui ne se créé. Seulement une action, une
reproduction. L'intention véritable, c'est de connaître, de découvrir et d'aider les
autres à cela. Cet instant est rempli de clarté et de lumière. Un sens s'inscrit e je
n'ai plus à chercher ma voie (voix). Je peux maintenant chanter et offrir mon
souffle à la vie. Si je m'y pert, je reviens à cette intention. L'apprentissage et la
connaissance de ce monde j'y suis pour le regarder, l'étudier. Je n'y suis pas
pour me battre. Je te dis que je suis ému. Ce matin j'ai apprise quelque chose qui
me touche et m'inspire. Je comprends un peu plus ce monde. Tu me réponds
que chaque jour c'est comme ça. Et que c'est nouveau à chaque fois. Je suis
heureuse. C'est ce que je souhaite. Deux goélands s'envolent vers la gauche.
Jonathan Livingstone et son élève. Abandonner une ancienne vie pour enfn
m'investir sur le chemin du retour.

+++

J'ai beaucoup pleuré ce soir. Ma tête posée sur une oreillée blanche, je me
repose enfin. Je sais que je peux parvenir là où je souris, à chaque jour. J'y suis.
Cette vie m'aura demandé des efforts, mais mes yeux sont brillants. Il ne faut pas que j'oublie d'aimer les gens parce qu'ils ont peur et que l'amour nettoie la peur.

+++

Une journée de pluie. Une dame achète un ticket d'Euromillion au comptoir de
loterie. Une autre femme, beaucoup plus grosse celle là, achète un packet de
tabac. Deux homme accoudés au bar, d'un air sérieux, plongés dans les journaux.
Dans mon rève cette nuit j'ai incarné le noir. On envoit de l'amour à une amie par
l'avion Concorde qui sert de décoration à l'aéroport Charles de Gaule.

+++

Vêtue d'un t-shirt jaune citron, d'un jeans bleu marine et de souliers rouge vif, je
regarde le sol au musée. Le plancher est fait de centaines de petites lattes de bois. Mais ce n'est pas pour ça que je le regarde. Je n'ai envie de ne rien voir.

Je regarde les yeux vides. Mon ventre. Je ne regarde que mon ventre qui brûle au
centre de mon corps. Aujourd'hui mon ventre me rappelle que je suis une femme.
L'espace est calme, mais rempli. Des textes et des images. Une ligne de couleur sur le mur blanc. Des lettres noires sur un tissus blanc composent un texte. Ma tête
compose mon histoire. C'est flou quand je le photographie.

Une petite fille pleure pour rentrer chez elle. Je voudrais aussi rentrer, mais là où je ne souffre plus. Ça me consolle d'écrire. Les pages de mon cahier, c'est chez moi. Est-ce le temps de dormir au milieu des mots?

Est-ce que je peux dispaarître, ne plus être là, au milieu des gens? Dans l'espace
blanc on a dessiné des formes noires, semblables à des étoiles, comme si on avait inversé le ciel.

Je pose dans la même figure que cette petite fille avant hier au musée d'Orsay. Elle ne voyait pas les regards sur elle. Il n'y avait qu'elle dans cette immense salle. Et cette horloge hisée en haut du dome.

La musique s'arrête, mon coeur aussi. Mourrir, c'est ça. Arrêter son coeur de battre comme on arrête une musique. S'arrêter de bouger. S'arrêter de penser. Entourée de peintures, j'ai tujours l'envie de m'enfuir nulle part. Loin du temps.

Tu m'appelles et je ne viens pas. Mon visage brûle. Ma gorge aussi. Une chaleur intense parcourt mon corps, l'immobilise, le tranquilise.

Les visages sérieux rythment les pas lents. Lourds. J'essaie de représenter
l'émotion, mais quand elle vient je la tue. C'est que parfois, l'émotion c'est la
douleur.

Un vide. Là. Plus rien d'autre n'importe que le silence. La paix elle se
trouve dans la douleur. Un homme éternue. Mes yeux regardent sans ne rien dire. Je ne
veux pas parler. Rien échanger. Rien donner. Rien recevoir. Je ne suis pas là.
C'est ainsi que je n'ai plus mal.

Je m'assoie devant Picasso. Il est là, au centre de la pièce. Je le regarde peindre le tableau vert. Coller ce papier peint, glisser le fusain sur la surface. Qu'est-ce qu'ils regardent tous ces gens autour?

+++

 

Ma gorge est alergique à l'air ici. Un peu sucré, rempli de fumée, je m'enfuis
dans le hall d'entrée. Il fait froid. Une seule bougie. Assise dans les marches. Dans le corridor. Ces jours-ci je préfère m'enfuir. La porte de l'appartement est restée
ouverte et on y voit l'ombre d'une plante. L'ascenseur se referme. En banlieue de
Paris. Je me fou d'où je suis, je veux juste la paix. Ces jours-ci, la paix, c'est mon cahier et un crayon. Comme si la vie était là, entre moi et la plume. La bougie est presque complètement fondue. Quand j'écris, je ne me fatigue plus. C'est là où je me perd, au milieu des mots. Pourtant, c'est là où je me retrouve. Je savais qu'en venant ici je ne reviendrais plus chez moi. En fait, je ne reviendrai jamais nulle part. Comme si j'avais plongé dans l'enfer et au paradis en même temps. Comme si j'acceptais maintenant qu'il n'y avait ni l'un ni l'autre. Pas plus réel que ma propre existence. Plus je le crois, moins j'existe. Et moins rien n'a d'importance. Il ne faut as que j'oublie l'amour, mais l'amour se trouve difficilement dans un endroit comme ici.

+++

Paris la nuit. Il y a encore des arbres sur les fenêtres. La scène, Notre-Dame,
des lumières dans mes yeux. Des vélos sur les rues de pierre. Calme, ce soir, la
nuit, les pas lents, les chaises sur les tables. Deux heures. La guerre pour le bus.
Sur le trottoir les gens rigolent, sautillent, s'amusent. Sur le banc arrière j'observe. Une église noircie. Garre de l'est à gauche. Les lumières étincellent la grande demi-lune au dessus des trains. Au milieu, deux lampadaires blancs. Un arbre et de l'air que je ne peut pas respirer.

+++

La lumière entre dans l'appartement. Sur le mur, une petite image du Dalai-Lama
qui prie devant une reproduction d'une fleur de lotus blanche. Au dessus du lit où
je rêve les soirs, une fleur de lotus orange en plastique. Les murs peints en blanc.
Le plancher et le plafond couverts de lattes de bois. Un désordre remplit la petite pièce.

Je m'efforce de mettre de l'ordre dans mon corps. Des rideaux blancs translucides
recouvrent une fenêtre. Deux fleurs posées dans un petit bocal remplit d'eau.
Une jaune, une rose. La table dessine une ombre par terre. Mes patins à roulette rouge aussi. Un poisson rouge nage dans l'eau sale.

+++

Au marché les mouvements rapides des gens qui ammassent dans les camions
ce qui n'a pas été vendu. Un homme soulève une caisse et la transporte vers un
camion. Son frond est couvert de sueur. Ce sont les gens que je préfère. Ceux qui
travaillent de leurs bras. Ils sont sévères, ils crient et crachent, mais leurs yeux
sont remplis de douceur. Il ne suffit que d'un sourire pour animer le leur.

Sur la petite table jaune une jeune femme pose une tasse de chocolat orange. Une
femme traîne tout ce qu'elle possède. Ses sacs, son corps, ses pas. Le son témoigne de sa lourdeur. Son regard aussi. Les roulettes d'un chariot tiré rapidement par une chinoise menace de céder au contact sacadé des briques du trottoir. Une tasse de chocolat. La douceur au milieu du chaos. Elle est toujours là, la paix, où je regarde, où je suis. Il ne suffit que de la voir.

Sur le ciment, les traces du marché sont laissés derrière. Une tomate, quelques radis, des boîtes vides. Accoudé sur quelques boîtes entassées, un homme observe la scène. Il attend que les autres marchand partent. Son camion est coincé derrière. Son ami arrive et ses yeux s'allument au même moment que son sourire. Comme ils sont beaux. Il y a une étincelle entre les deux. Un monde entier qui s'est créé. un esace immense et à la fois il n'y a aucune distance qui ne les sépare. La vie c'est ça, cet espace qui réunit les gens parfois pour une seconde.

Une rencontre entre deux personnes, un sourire échangé. C'est cet instant où le divin s'explique. Où on peut comprendre pour un instant ce que signifie l'unité. Là où la division n'existe plus.

Dans la vitrine de la chocolaterie je vois ma réflection. Les yeux endormis, une tasse de chocolat à la main. Les cheveux mêlés. Une odeur d'oignon. Les pigeons arrivent pour le
festin. Le soleil s'allume. Ça ressemble au Maroc. Cette rue de marché. Les voix
arabes, les regards noirs, le cahos, le bruit, l'odeur des olives.

Tous les camions se sont enfuis au même moment. Un homme ramasse une caisse par terre pour s'assoire. La rue se vide et se remplit de gens qui fouillent les caisses vides. Pas si vides pourtant. Un homme reprend une caisse remplie de bananes et rapelle un
camion qui l'a laissé derrière. Une femme le regarde trsitement. Elle aurait bien
voulu ces bananes qu'elle regarde avec regret. Elle est arrivée trop tard. Une
tomate ramassée par terre, dans un ragoût, c'est pareil qu'une tomate achetée.

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Dans le toit lumineux de la gare de Lyon, les oiseaux chantent leur présence. Une voix annonçant le prochain train résonne dans l'espace. L'aiguille de l'horloge se pose sur le chiffre romain III.

Il y a le silence et le bruit à la fois. Une énergie vibrante et un calme imposé par l'attente. Chacun porte dans une valise une partie de soi. Chacun trouve sans ce contenant ce dont il ne pourraît se séparer, même pour une seule journée. Jamais on ne transporte avec soi un si large bagage que lorsqu'on voyage. Au quotidien on devrait toujours porter une valise, au cas où il faudrait s'envoller rapidement, comme les oiseaux. Ainsi on serait prêt à tout, tout le temps.

Voyager c'est être prêt à tout, tout le temps.

Dans la gare on se sent comme si on visitait le monde entier en un instant. Comme si les destinations futures de chacun des voyageurs remplissait l'immense espace vide.

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