| 17
septembre 2005
«Je
t’ai trouvé une robe, elle est rose, ça te va?»
J’enfile
un caftan orné de paillettes scintillantes, d’un rose
bonbon si éclantant qu’il inspire un goût sucré
aux papilles de celui qui la regarde. Mon séjour au Maroc
se résume en cet instant où je me scrute dans le miroir.
Je m’observe, imposteure, solitaire dans un endroit inconnu.
J’assiste à un bal costumé qui ne se termine
pas. Par moments, je voudrais connaître la fin de l’histoire.
J’attends avec impatience le son des clochettes qui me redonneront
un quotidien routinier et banal, mais combien rassurant. Enlever
un masque pour en porter un autre. Mettre de côté son
identité pour un instant, le temps de vivre.
Le
soleil brille. Dans la gare d’autobus, c’est le chaos.
Nous sommes témoins d’une chorégraphie brutale.
Parfums de sueur, défilé de muscles aux mouvements
brusques, symphonie de klaxons. Le jour et la nuit. Nous nous rendons
dans une cérémonie d’union. Le frère
de mon amie Khadija se marie aujourd’hui.
En
soirée, après un court défilé dans les
rues du quartier, entourés d’enfant amusés,
nous sommes invités à s’introduire dans la demeure
familiale. Le salon est rempli de femmes aux habits multicolores.
À l’étage inférieur, les hommes récitent
le Coran. Une femme recouvre les mains et les pieds de la mariée
d’ornements dessinés en une pâte brunâtre
que l’on nomme henna.
J’ai
le sentiment d’être une enfant qui, ne connaissant pas
encore les bonnes manières, pose trop de question et de gestes
impolis. On m’observe. J’observe. Ma spontanéité
ne semble pas bienvenue. Ou est-ce ma raison qui, assoifée
de reprères, m’impose ses limites?
On m’invite à danser. Le mouvement de mes professeures
m’envoute. Je ne peux plus détourner mon regard qui
s’accroche aux mouvements rythmés des hanches et des
fesses corpulentes. J’observe les mariés. Ils se connaissent
à peine. Une famille traditionnelle met en scène un
spectacle qui doit être parfait pour taire les bouches trop
bavardes. Un mariage arrangé. Une fammille s’agrandit.
Des dizaines de questions traversent mon esprit que je m’empresse
d’endormir par gêne.
Elle
est belle cette femme qui s’apprète à partager
son intimité avec un homme inconnu. En blanc, en rose, en
bleu, en vert. Les convives sont distraites par un diaporama de
couleurs. Vêtue d’un arc-en-ciel, la mariée demeure
silencieuse, en position assise, immobile au centre de la pièce.
Je
souris lorsque l’homme insère maladroitement une anneau
à la main de sa nouvelle compagne. Il fait tomber le bijoux.
Esquisse un sourire. Dessine une larme sur mon visage.
La
sonnerie de mon alarme me réveille, il est l’heure
de partir à la découverte d’un nouvel univers
qui me fera rêver. Voilà enfin la fée maraine
qui me libère de mon emprise. Je quitte cet endroit pour
en découvrir un autre. |