Le froid humide de l'air a gelé mon visage et il se teinte de la palette locale : le gris. L'hiver est dur. Le métro n'avance plus. Je roule donc sur un vélo en direction des jardins du Luxembourg. Peut-être que le visage des arbres saura me faire sourire un peu.
Deux coins de rue plus loin, une foule m'empêche d’avancer. Le boulevard Beaumarchais, qui relie les ronds-points de la Bastille et la de République, accueille la grève générale.
Ce sont les visages des gens, même gris et mat, qui me font sourire. Non pas parce qu'ils sont heureux, mais parce que ça me rend heureuse de les regarder.
Ce qui est beau dans ce que je photographie ce sont les coincidences qui se produisent. J’aime capter ce que je ne contrôle pas. J’ai la sensation d’attraper l’éphémère, comme un papillon avant qu’il ne s’éteigne.
Des centaines d’appareils captent l’événement : portables, caméras, ciné-vidéo. De plus en plus de gens enregistrent les images de la vie, mais je ne suis pas certaine qu'il a autant de gens qui la voient. |